Naturânesse : l'histoire d'un rêve devenu ferme
📍 Arcinges, dans la Loire
Il y a des entreprises qui naissent d'un business plan. Naturânesse, elle, est née d'une phrase lancée à moitié en riant, un soir, devant des shampoings faits maison. C'est l'histoire de Théo et Julie — deux vies bien différentes, réunies par la même envie : vivre au plus près des animaux, sur leurs propres terres.
Du BTP à l'élevage d'ânesses : une reconversion à quatre mains
Rien ne prédestinait Théo et Julie aux ânes.
Théo a longtemps travaillé dans le bâtiment. Formé au métier de charpentier, il crée sa propre entreprise et mène sa carrière tambour battant. Mais un séjour dans les Pyrénées, aux côtés d'un éleveur de moutons et de chiens de protection, réveille en lui une envie plus ancienne : celle de vivre au rythme des animaux, loin des chantiers.
Julie, elle, se rêvait vétérinaire. Son parcours l'emmène ailleurs : ingénieure en horticulture, elle passe par la recherche à l'INRAE avant de se former à l'éducation canine. Mais elle réalise vite que ce métier la rapproche surtout des maîtres — pas des chiens qu'elle rêvait vraiment d'accompagner.
Et puis, un soir, tout bascule. En regardant Julie confectionner des shampoings solides maison, Théo lance une idée à moitié sérieuse :
« Et si on élevait des ânesses pour fabriquer des cosmétiques ? »
L'idée ne les quittera plus.
Un an à apprendre, avant de se lancer
Théo et Julie ne se sont pas précipités. Avant même d'acheter la première ânesse, ils ont pris le temps d'apprendre, de comprendre, de se former — guidés par une conviction qui ne les quittera jamais : ne jamais séparer les ânons de leur mère, comme c'est pourtant encore trop souvent la norme dans l'élevage traditionnel.
Ils se forment auprès de l'UNAP (Union Nationale des Âniers Pluriactifs), puis partent un mois en woofing dans le Lot, chez des producteurs de lait d'ânesse sur le point de partir à la retraite. Une exploitation clé en main s'offre alors à eux.
Ils choisissent pourtant une autre voie, plus exigeante : tout construire eux-mêmes, à Arcinges, sur des terres familiales, dans la Loire.
Une ferme pensée pour le bien-être des ânesses
Chez Naturânesse, un principe simple gouverne chaque décision : le rythme des animaux prime toujours sur celui de la production.
- 🐴 1 à 2 naissances par an seulement, pour laisser le troupeau grandir en douceur
- 🐴 Les ânesses ne sont remises à la reproduction que tous les 3 ans
- 🐴 Le sevrage se fait naturellement, par la mère, vers l'âge de 2 ans
- 🐴 Les femelles restent à la ferme ; les mâles sont confiés à des familles choisies avec soin
Ici, pas de cadence imposée. Juste le temps qu'il faut.
Du lait au savon, sans intermédiaire
Chez Naturânesse, tout se fait à la ferme, de A à Z. Théo et Julie transforment eux-mêmes leur lait dans leur propre laboratoire. Ils sélectionnent leurs matières premières, formulent leurs propres recettes et fabriquent en saponification à froid, avec un surgraissage à 8 %.
Le lait d'ânesse est incorporé à froid, pour préserver l'intégralité de ses bienfaits. L'huile d'olive vierge issue de l'agriculture biologique remplace toute trace d'huile de palme.
Résultat : une exploitation et une gamme cosmétique toutes deux certifiées agriculture biologique.
Un troupeau, une famille
Derrière chaque savon Naturânesse, il y a une ânesse bien réelle, avec son caractère et son histoire.
- Gaïa — la toute première mère en lactation de la ferme
- Masha — sa fille, très câline
- Châtaigne — rescapée d'une naissance difficile, devenue la nounou du troupeau
- Chanterelle — la plus sociable de toutes
- Frimousse
- Nyctal — le premier mâle gardé à la ferme
- Bichette — ânesse Grand Noir du Berry
Ce ne sont pas des matières premières. Ce sont les habitantes de la ferme — et sans elles, Naturânesse n'existerait pas.
Naturânesse, c'est l'histoire d'un rêve pris au sérieux : celui de faire les choses lentement, bien, et avec respect — pour les ânesses, comme pour la peau de celles et ceux qui utilisent leurs savons.